« Nous sommes tous Natasha » : pouvoir, genre et la bataille politique qui secoue le Sénat nigérian
par Chinazor Ikedimma sur Jul 01, 2025

Lorsque l'on pense au drame politique, Washington ou Westminster peuvent venir à l'esprit. Mais début 2025, une bataille féroce et profondément personnelle a éclaté dans les chambres du Sénat du Nigeria, une bataille qui a depuis déclenché des manifestations nationales, des contestations judiciaires et un mouvement féministe croissant. Au centre de tout cela ? Une femme intrépide nommée sénatrice Natasha Akpoti-Uduaghan.
Ce qui a commencé comme un différend sur l'attribution des sièges s'est transformé en quelque chose de bien plus vaste : une lutte contre le harcèlement sexuel, l'abus de pouvoir et l'inégalité des sexes.
La sénatrice Natasha Akpoti n'est pas une femme politique ordinaire. Avocate, ingénieure et entrepreneure sociale, elle est entrée dans l'histoire en 2023 lorsqu'elle a été élue pour représenter le Kogi Central à la chambre législative supérieure du Nigeria, le Sénat. Son élection a été durement disputée et symbolique : une femme l'emportant dans un espace politique dominé par les hommes, dans un pays où moins de 5 % des législateurs sont des femmes.
Tout a commencé lors d'une session du Sénat en février 2025. La sénatrice Akpoti venait de rentrer de congé de maternité. Elle a découvert que son siège, qui lui avait été attribué en tant que membre d'un parti d'opposition, avait été sans ménagement réaffecté en raison de l'évolution des alliances politiques. Lorsqu'elle a contesté cette décision, un échange tendu s'est déroulé. Akpabio, le président du Sénat, aurait ordonné à la sécurité de « la faire sortir du Sénat ». Akpoti, imperturbable, a refusé de bouger et a célèbrement déclaré : « Vous ne pouvez pas m'intimider. Je n'ai pas peur de vous. »
Des extraits vidéo de l'incident sont devenus viraux, suscitant l'indignation sur les médias sociaux nigérians et soulevant des questions sur la façon dont les femmes en politique sont traitées, même aux plus hauts niveaux. Peu de temps après l'incident, les choses ont pris une tournure dramatique. La sénatrice Akpoti a publiquement accusé le président du Sénat, Akpabio, de harcèlement sexuel, affirmant qu'il lui avait auparavant fait des avances inappropriées et lui avait suggéré que ses propositions législatives ne seraient adoptées que si elle « s'occupait de lui » personnellement. Elle a également allégué qu'il avait tenté de lui tenir la main lors d'une réunion privée et qu'il avait fait des commentaires suggestifs. Akpabio a nié toutes les allégations, les qualifiant de « sans fondement et politiquement motivées ». Il a insisté sur le fait qu'il n'avait « jamais, à aucun moment » harcelé la sénatrice et a suggéré qu'elle essayait de détourner l'attention de sa propre inconduite.
Plutôt que d'enquêter sur les allégations, le Sénat nigérian a décidé de suspendre Akpoti pour six mois, citant son « comportement indiscipliné » en séance plénière. Son accès à son bureau, ses indemnités et sa sécurité ont été révoqués malgré une ordonnance du tribunal interdisant au Sénat de prendre de telles mesures disciplinaires sans procédure régulière. Pour de nombreux Nigérians, cela ressemblait moins à une discipline qu'à des représailles.
Le contrecoup fut immédiat. Des militantes féministes et des groupes de la société civile à travers le pays ont lancé la campagne #NousSommesTousNatasha, exigeant sa réintégration et une enquête indépendante sur ses allégations de harcèlement. Des manifestations ont éclaté devant l'Assemblée nationale. D'influentes Nigérianes, dont l'ancienne ministre de l'Éducation Oby Ezekwesili, ont condamné les actions du Sénat comme inconstitutionnelles et emblématiques de l'hostilité à laquelle les femmes sont confrontées au pouvoir. Des groupes de défense juridique tels que SERAP (Socio-Economic Rights and Accountability Project) ont qualifié la suspension d'illégale et ont promis de faire valoir leurs droits devant les tribunaux.
Le lundi 30 juin 2025, la sénatrice Akpoti a fait face à de nouveaux défis juridiques lorsqu'elle a comparu devant le tribunal pour répondre à des accusations de cybercriminalité et de diffamation déposées par le gouvernement fédéral. Les accusations l'ont inculpée de transmission d'informations fausses par voie électronique, en particulier son allégation publique selon laquelle Akpabio et un ancien gouverneur d'État auraient conspiré pour mettre sa vie en danger.
Voici ce qui s'est passé :
• Elle a été formellement mise en examen pour six chefs d'accusation en vertu de la loi nigériane sur la cybercriminalité.
• Elle a plaider non coupable à toutes les accusations.
• Le tribunal lui a accordé une liberté sous caution sur reconnaissance personnelle et a programmé le début du procès pour le 22 septembre 2025.
Cela fait suite à une autre mise en examen pour diffamation plus tôt en juin, où elle a également obtenu une libération sous caution. Les observateurs considèrent ces affaires judiciaires comme une tentative de la réduire au silence. Mais les tribunaux ont jusqu'à présent maintenu ses droits, refusant d'accorder des mandats d'arrêt et insistant sur une procédure régulière, offrant ainsi un certain espoir de justice impartiale.
Ce n'est pas seulement une histoire nigériane. C'est une histoire universelle sur ce qui se passe lorsque des institutions puissantes se regroupent pour se protéger et punir ceux qui s'expriment. C'est à propos des défis que les femmes rencontrent lorsqu'elles s'aventurent dans des espaces dominés par les hommes. C'est à propos de l'impunité en politique, où les allégations d'inconduite sont balayées sous le tapis lorsque l'accusé détient suffisamment d'influence. Et c'est à propos de la façon dont la démocratie elle-même est mise à l'épreuve, non seulement par les élections, mais aussi par la façon dont un pays traite les dissidents, les lanceurs d'alerte et les femmes qui refusent de se taire.
Le calvaire de la sénatrice Natasha Akpoti n'est pas terminé. Mais sa volonté de dire la vérité contre vents et marées a déjà laissé sa marque.